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Vous cherchez à présenter simplement des données complexes ? À les rendre plus attrayantes pour mieux capter l’attention ? À synthétiser votre sujet pour en faciliter la compréhension et l’assimilation ? Alors, il vous faut une infographie !
« Un bon croquis vaut mieux qu’un long discours », disait, paraît-il, Napoléon Bonaparte. Et c’est probablement plus vrai que jamais, à une époque où l’image prend le pas sur le texte, où le temps presse et où l’information se doit d’aller à l’essentiel et d’être limpide, pour être comprise et retenue. Cette efficacité dans la communication, c’est bien l’objectif de l’infographie.
L’infographie, au sens des arts graphiques, c’est l’art de traduire visuellement des données pour en offrir un aperçu synthétique, aisément compréhensible, à l’aide de diagrammes, icônes et dessins.
Située à la croisée du design graphique et de l’information, l’infographie a d’abord pris son essor dans la presse écrite à partir des années 1980. Bien sûr, les graphiques et les cartes existaient depuis longtemps déjà, mais c’est alors que l’infographie, appuyée sur l’informatique, s’est affirmée comme une discipline à part entière, théorisée et mise au service de la communication. Elle est aujourd’hui plus présente que jamais, que ce soit sur papier, dans les magazines, les publications scientifiques, les brochures de marketing, ou à l’écran, sur le web et les réseaux sociaux. Quel que soit le support, l’infographie est devenue pratiquement indispensable.
Encore faut-il parvenir à bien s’en servir… Trop chargée, mal organisée, peu claire, elle risque de provoquer l’inverse de l’effet recherché, incitant le destinataire à tourner la page ou à scroller, plutôt qu’essayer d’y comprendre quelque chose. Au contraire, si elle est efficace, elle attirera son attention, lui permettra d’assimiler rapidement beaucoup d’info et l’incitera peut-être à creuser le sujet.
Comment bien concevoir votre infographie ? Notre guide en cinq étapes :
1. Définissez l’objectif
Quelle information voulez-vous transmettre, et à qui ? Répondre correctement à cette question orientera tout votre travail.
Prenons deux exemples : la carte du Tour des Flandres, d’une part, et de l’autre, la répartition de la population active à Bruxelles. Dans les deux cas, commencez par situer votre thématique générale : d’un côté, une course cycliste ; de l’autre, le marché du travail. Cela vous aidera à déterminer une esthétique, à choisir un type d’infographie (chronologique, géographique, statistique, comparative…) et un champ d’éléments visuels (carte, frise, type de graphique, pictogrammes…).
Définissez ensuite votre audience : il peut s’agir du grand public, mais peut-être d’un public plus ciblé ; quel est son degré de connaissance du sujet ? son degré d’exigence ?
Enfin, identifiez le type de données à intégrer : dans nos deux exemples, d’une part, des informations relativement simples (tracé de la course, villes traversées, emplacement des côtes et des secteurs pavés…) ; de l’autre, des données plus complexes (répartition hommes-femmes, taux d’activité, taux d’emploi, taux de chômage, répartition par commune ou par tranche d’âge…). Jusqu’à quel niveau de détail faut-il aller ? Quelles sont les données nécessaires ou superflues ?
2. Collectez les données
Il se peut que votre infographie soit basée sur vos propres données (par exemple, les résultats d’un sondage parmi vos clients). Mais souvent, vous devrez partir à leur recherche. Veillez à votre crédibilité : appuyez-vous sur des données fiables et pertinentes.
Où les trouver ? Les moteurs de recherche et moteurs de réponse (alimentés à l’IA) sont bien sûr très utiles, mais leurs résultats doivent être examinés d’un œil critique. Vérifiez leurs sources, en privilégiant des émetteurs dignes de foi ; privilégiez les sources primaires (les émetteurs d’origine), les informations récentes et précises. Évitez les informations mal sourcées (qui ont été reprises et peut-être déformées), trop anciennes (potentiellement obsolètes), trop générales ou trop spécifiques (donc peu utiles).
Un contre-exemple ? La réussite professionnelle dépendrait « à 85% des soft skills, selon une étude de la Fondation Carnegie ». Cette donnée, souvent répétée, provient à l’origine d’une enquête sur la formation des ingénieurs américains réalisée… en 1918 (!) ; elle est à la fois obsolète, déformée et abusivement généralisée. Mais elle circule toujours !
Parmi les « bonnes » sources figurent notamment les données de la Banque mondiale ou celles de l’OCDE, les résultats d’études universitaires, les instituts de statistiques (Statbel pour la Belgique), les agrégateurs de données (Statista), etc. Sur de nombreux sujets, Wikipedia est un bon point de départ (mais tâchez de remonter les liens !). Ne négligez pas non plus les études réalisées par des organisations ou des entreprises. Et indiquez vos sources : c’est une marque de sérieux.
3. Organisez l’information
Une fois les données sélectionnées, il faut les structurer : hiérarchisez vos éléments, dégagez l’essentiel de l’accessoire, éliminez les informations trop peu pertinentes, puis efforcez-vous d’établir un fil conducteur, un « flux », par ordre d’importance mais surtout par ordre logique : quelle est l’info principale ? quelles sont les infos secondaires ? et quelles sont leurs relations (quantitatives, chronologiques, explicatives…) ? Recherchez un enchaînement naturel ; idéalement, chaque élément doit introduire le suivant, compléter ou approfondir le précédent. Cet ordre logique vous servira de base dans votre design pour établir un cheminement visuel aussi intuitif que possible (de haut en bas, de gauche à droite…). Tâchez de vous mettre à la place du destinataire et demandez-vous s’il parvient à vous suivre.
4. Rédigez
Certaines données se suffisent à elles-mêmes, d’autres méritent un minimum d’explications (par exemple, quelle est la différence entre taux d’activité et taux d’emploi ?). Rédigez vos textes, en tâchant de faire court : c’est une infographie, pas un article. Limitez-vous à quelques lignes par donnée ; pensez à utiliser des listes à puces et des mots-clés. Enfin, prévoyez aussi un grand titre, à la fois explicite (de quoi parle-t-on ?) et accrocheur.
5. Créez votre design
À présent que vous avez réuni tous vos éléments de contenu, vous êtes prêt à leur donner leur apparence graphique. Si vous devez intégrer beaucoup d’informations, établissez d’abord un plan, suivant le cheminement visuel défini à l’étape 3. Pour répartir vos éléments, vous pouvez vous aider d’une grille divisée en cadres, eux-mêmes alignés en colonnes ou en sections (mais ce n’est pas une règle absolue). Prévoyez des espaces suffisants pour les séparer. Choisissez ensuite vos éléments visuels :
- Typographie : Optez pour un choix limité de polices de caractères (généralement deux, l’une pour les titres et intertitres, l’autre pour les textes), en privilégiant la lisibilité. Évitez les polices trop ornées. En revanche, n’hésitez pas à jouer sur les corps (gras et maigres, italiques, taille des caractères) pour mettre certains éléments en évidence.
- Graphiques : Choisissez les types de graphiques selon la nature des données, en accordant toujours priorité à la lisibilité ; vaut-il mieux un diagramme circulaire (un « camembert ») ? ou plutôt un graphique en bâtonnets (histogramme) ? une pyramide ? une courbe ?
- Icônes : Les icônes et pictogrammes permettent de représenter de manière simple un concept, une action ou un objet (par exemple, un arbre pour évoquer les espaces verts, une horloge pour symboliser une durée…). Ils ont l’avantage d’être compris immédiatement, sans le soutien d’un texte. On en trouve des collections entières dans les banques d’images et dans les outils professionnels ou semi-professionnels. Veillez à leur cohérence : dans la mesure du possible, choisissez des pictos de même style.
- Couleurs : Les couleurs participent à l’esthétique visuelle de l’infographie, mais aussi à l’organisation de l’information ; elles permettent de différencier des éléments ; elles ont aussi une valeur symbolique. Toutefois, il ne faut pas en abuser, au risque de créer un patchwork et donner une impression de fouillis. Limitez-vous à deux ou trois couleurs principales et deux ou trois couleurs secondaires assorties. Pour les sélectionner, aidez-vous de la théorie des couleurs. Veillez aussi à préserver un bon contraste entre les fonds et les autres éléments (textes, pictos…) : la lisibilité de votre infographie en dépend.
Une charte graphique peut notablement vous faciliter le travail : elle définit déjà une esthétique, un ensemble de polices, de couleurs et parfois d’icônes. Si vous disposez d’une telle charte, applicable à votre infographie, pensez à l’utiliser.
Enfin, veillez par-dessus tout à l’équilibre de votre infographie. Distribuez les éléments. Aérez. Évitez surtout de surcharger.
Encore un conseil…
De nombreux outils, gratuits ou payants, facilitent la création d’infographies. Parmi les plus connus, Canva est une bonne option pour débuter, mais on peut également conseiller Infogram, Piktochart, Visme ou Venngage. Les graphistes professionnels, quant à eux, ont le plus souvent recours à la suite Adobe, dont Illustrator.
La plupart de ces outils comprennent des modèles préétablis ainsi que des banques d’éléments visuels tels que cartes ou pictogrammes. De plus en plus souvent, ils intègrent aussi des modules d’assistance fondés sur l’IA.
Enfin, ne sous-estimez pas la difficulté : concevoir et réaliser une bonne infographie réclame de solides compétences, un minimum de temps, et n’est pas à la portée de tout le monde. Si vous voulez éviter de galérer, songez que des professionnels peuvent vous aider…




